Il y a eu ce jeu qui a mal tourné où j'ai été forcée de tenir en apnée, la tête complètement immergée. 
Puis, il y a eu ce canoë qui s'est retourné et ce courant qui m'a aspirée sous le rocher.
Ces quelques secondes où la peur a paralysé chaque cellule de mon corps, avant que mon cerveau ne reprenne le contrôle et que je mobilise toutes mes forces pour pouvoir à nouveau respirer.
Il y a eu ces cauchemars qui sont venus me hanter et ce traumatisme qui ne m'a plus jamais quittée.

La plongée sous marine était probablement le plus grand défi que je m'étais fixée en venant à Bali. Un masque, des bouteilles et de l'eau. Beaucoup d'eau. J'avais peur d'échouer, mais j'étais déterminée. Je voulais essayer, je voulais y arriver.

Après un super bon petit-déjeuner thé-fruits-frais-pancake-à-la-banane servi sur notre terrasse, une navette nous a emmenées à Euro Dive, une école de plongée francophone. En chemin, nous avons récupéré d'autres français dont Alain, un retraité de l'enseignement en mini-tour du monde qui en était à son huitième baptême de plongée (heu... à terme, il faudrait peut-être envisager passer le niveau 1 du Padi Open Water, nan ?) et Félix, un jeune de 15 ans résidant à bord d'un voilier en Polynésie française qui trouve que "Oh, ben oui, à 15 ans, c'est normal !" de connaître les capitales de tous les pays d'Amérique latine (petite pensée pour mes anciens élèves qui, au même âge, confondaient Berlin et Dublin !). Et puis, une fois sur place, on a rencontré Antoine, le vrai moniteur de plongée francophone que je voulais.
Avant de passer aux choses sérieuses, Antoine nous a rassemblés autour d'une table pour TOUT nous expliquer (et, en français, qui plus est) : comment respirer avec des bouteilles d'oxygène, comment communiquer sous l'eau, comment déboucher ses oreilles en cas de pression trop forte, comment retirer l'eau potentiellement infiltrée dans notre masque, etc. Bref, rien à voir avec l'expérience pemuretanaise de Mélody et Charline ! Étape n°1 validée. J'étais rassurée.
Étape n°2 : il a fallu enfiler la tenue (et nettoyer le masque au... dentifrice !). À part quelques difficultés à remonter la plage de Lipah tel un mannequin sur un podium pendant la Fashion Week avec tout cet attirail super méga lourd, on peut le dire : mission accomplished.
Étape n°3 : c'est là que les choses se sont compliquées. Avant de s'enfoncer dans les profondeurs aquatiques, Antoine nous a fait faire quelques exercices. En entendant le bruit de ma respiration raisonner aussi fort dans mes oreilles, la panique a pris le dessus. Oh put***, monsieur Cerveau, aurais-tu l'amabilité d'enclencher le mode yoga - innnspiratiooon, exxxpiratiooon - sur le champs ? J'ai dit im-mé-dia-te-ment ! Hé ho, MONSIEUR CERVEAU !?! Heureusement, la détermination a fini par reprendre le contrôle de la situation.
Étape n°4 : les exercices finis, nous sommes partis explorer les eaux peu profondes de Lipah. Une fois concentrée sur les poissons et les coraux magnifiques, oubliés les problèmes de respiration. Bienvenue dans le monde de Némo ! J'étais en admiration.
Étape n°5 : c'est fou ce que ça creuse le monde marin ! De retour à l'école de plongée, Antoine nous avait préparé des biscuits à "grignoter". Personnellement, j'ai tout dégommé !
Étape n°6 : direction Tulamben cette fois. Si ma démarche palmes-surchage pondérale était déjà loin d'être sexy sur la plage de sable de Lipah, autant dire que face aux rochers de celle de Tulamben, il valait mieux espérer que les beaux gosses potentiels aient de gros problèmes de vue ! Sur conseils d'Antoine, la plage, on l'a même traversée à deux, Charline et moi, en mode canard-boiteux-siamois. Une fois le parcours du combattant rocailleux traversé, j'ai remis la tête sous l'eau beaucoup plus facilement. L'attraction de Tulamben, c'est l'épave échouée à quelques mètres du bord. Vue la quantité de coraux colorés à s'être installés dessus, il faut redoubler d'imagination pour voir que, oui, c'est bien un bateau. Là aussi il y a plein de poissons, partout. Une colonie d'anguilles qui sortent la tête du sable aussi, et même un barracuda énorme avec une dentition digne d'un requin blanc (finalement, à côté de lui, même dans cet accoutrement, j'avais un certain charme). Concentrée sur mes photos de poissons, j'en ai oublié ma respiration et la pression. Impossible de déboucher mon oreille, la panique est revenue. À plusieurs mètres sous l'eau, mon cerveau a lutté de toutes ses forces pour reprendre le dessus, en vain. Je suis remontée aussi vite que possible inspirer une grande bouffée d'air frais. Antoine aussi. Pour vérifier comment j'allais. En replongeant, il a attrapé mon gilet, ma seule mission était de combattre la pression. Cette fois, peut-être aussi parce qu'on est descendus plus vite, mes deux oreilles se sont alliées contre moi. Impossible de les déboucher, j'ai arrêté de lutter. Pendant que les autres continuaient d'explorer l'épave, sur les conseils d'Antoine, j'ai tenté le snorkeling avec des bouteilles sur le dos et un courant très dérivant. Autant dire que, oui, j'ai galéré pour rejoindre le bord.
Étape n°7 : à taaaable ! Pfiouuu, c'est vraiment fou comme ça creuse la plongée ! On a mangé tous ensemble à Wayan's Warung, un petit restaurant où Antoine a ses habitudes. Dans mon assiette : des croquettes de poisson (une première à Bali). Dans mon verre : une bintang citron. Et, au plafond : trois geckos, qui n'avaient rien à envier à Bobby : ni la taille, ni la couleur. On a même eu droit à un petit spectacle de l'autre côté de la rue où un balinais s'occupait de son coq. Une graine, une caresse, une graine, une caresse... Pauvre bête ! Si seulement il savait la fin qui l'attendait...
Étape n°8 : de retour dans la navette, j'ai repensé au défi que je venais de surmonter. Certes, mes oreilles ne m'ont pas permis de rester sous l'eau les 10 dernières minutes, mais... holy fucking shit, mes bouteilles, mon détendeur et moi on a réussi ! J'AI FAIT DE LA PLONGÉE SOUS MARINE !!!

En fin d'après-midi, on est parties en quête de billets pour les bateaux à destination des îles Gili. Après un passage furtif dans une agence proposant des tarifs pas du tout intéressants, on est retournées chez les potes de "Benji". 800,000 IDR (54€) par personne en basse saison : eux aussi, en nous voyant, ils ont pensé blanches-donc-riches. Pas de chance pour eux, en une semaine, on est devenues des requins de la négociation. AU bout de looongues minutes de parlementation acharnée, on a réussi l'impensable : obtenir nos billets pour 566,000 IDR (38€) chacune, soit 16€ de moins que le meilleur prix négocié la veille. Ouuu yeaaah !

Complètement explosées par l'intensité de la journée, on a utilisé nos dernières forces pour manger un mie goreng au Café Garam, un restaurant à proximité de notre maison d'hôtes. Un groupe de musiciens-chanteurs-danseurs-traditionnels étaient en train de se produire quand on est arrivées. J'étais tellement épuisée que je n'ai même pas eu la force de me lever quand l'un d'entre eux est venu me chercher pour danser. 
Oh, Morphée ! Ça va ? Dis, tu me prêtes tes bras ?