Une femme. Balinaise. Pratiquant le reiki. Moi. La vessie pleine. Deux autres personnes. Typées occidentales ? M'accompagnant à l'entrée des toilettes publiques. Et tout à coup, un toilette qui glisse de l'autre côté du mur, leur barrant le chemin, m'isolant. Moi, plaquée contre le mur opposé par une force trop puissante pour la combattre. Ma gorge se resserre. Impossible de respirer. Les deux autres personnes sont toujours bloquées, elles ne peuvent pas m'aider. Je sens la panique envahir chaque cellule de mon corps. Mais qui veut me tuer ? Je porte mes mains à mon cou. Il n'y a pas de mains. Pas de visage en face de moi. Personne. J'ai peur. Pourtant, ma gorge se resserre de plus en plus et mon dos est de plus en plus plaqué contre le mur. Et si c'était la fin ? Respire, Tiphanie, respire. Plus aucun filet d'air ne passe. Je ne peux plus respirer. Je vais mourir, c'est ça ? Et cette voix, dans ma tête, de plus en plus intense, de plus en plus présente. Réveille-toi, Tiphanie, ce n'est pas ta vie. Ouvre les yeux, Tiphanie, ce n'est pas ta vie. Ce n'est pas TA vie.

Je savais que ce jour viendrait, mais je n'y étais pas préparée. À la veille de mes 27 ans, pourtant, ce n'était pas très surprenant. En sueur, malgré la climatisation, je ne pouvais plus bouger. Mes membres, tous sans exception, étaient paralysés. Mes yeux, fermés. J'étais incapable de les ouvrir. J'avais peur, très peur de ce qu'ils risquaient de voir. Au-delà des frontières de la science. Ce que je venais de vivre, je le savais, je le sentais, n'avait rien d'un rêve.
Autant dire que le reste de la nuit, je n'ai rien dormi ! Ce qui m'a laissé le temps d'imaginer la tête du propriétaire de l'hôtel si je lui demandais : "Excusez-moi, quelqu'un est-il mort étranglé sur ces terres par le passé ?"

Notre mission de la matinée : trouver des cadeaux souvenirs, à un prix raisonnable, qui rentrent dans notre backpack, pour nos proches. Babioles attrapes-poussières inutiles étant bannies. Après une intense réflexion, ce sera thé, café, savon et Bintang citron. Sauf que, de petites boîtes en petites boîtes, on est toutes passées en caisse avec un panier bien garni... c'est qui qui va devoir jouer à Tetris pour tout faire rentrer dans sa valise ? C'est bibiii !
Après le supermarché, on s'est attaquées aux petites boutiques le long des rues. Ici, à Seminyak, les vendeurs-alpagueurs sont habitués aux touristes-naïfs-fraîchement débarqués qui n'ont pas encore intégré la notion des prix et les rudiments du marchandage. Du coup, les prix sont exorbitants et les négociations loin d'être une partie de plaisir. Notre pire expérience en la matière reste le vendeur de bijoux-babioles. Des rayons entiers de colliers et de bracelets plus ou moins gros, avec des perles plus ou moins colorées... et plus ou moins poussiéreuses ! J'avais flashé sur un grand collier de perles vertes (parfait pour compléter l'un de mes hauts de danse orientale en cours de confection) et deux petits bracelets avec la pièce porte-bonheur balinaise. Les mains des filles étaient, certes, un peu plus chargées mais, à nous trois, on était tout de même loin des 700,000 IDR (42€). 700,000 IDR ??? Il avait craqué !!! Et hors de question de baisser son prix ! Heu... loulou, même en France les petits bracelets-fils sont moins chers ! Bref... après une négociation particulièrement acharnée où je suis allée jusqu'à renoncer à mes supers trouvailles (à regret), il a finalement plié pour 250,000 IDR (15€) à trois. Soit quasiment un tiers du prix de départ !!! La négociation nous a demandé tellement d'énergie, qu'en sortant, j'avais l'impression d'avoir rédigé une dissertation !

Pour reprendre des forces, j'ai emmené les filles à The Dusty Café, le petit restaurant décoré comme un salon de thé qu'on avait beaucoup aimé avec mes copines du programme de bénévolat. Même table, même déco... en trois semaines, rien n'a changé... à part peut-être le magasin de l'autre côté de la rue. Le monsieur en équilibre sur son échelle a disparu. À sa place, il y avait des mannequins joliment vêtus. La nourriture non plus n'a pas changé, au plus grand plaisir de mes papilles. Capuccino glacé, burger, frites et tiramisu : j'étais requinquée ! 

Le temps de poser nos souvenirs à l'hôtel et d'enfiler nos maillots de bain, on est arrivées sur la plage in-extremis pour prendre le coucher du soleil en photo avant qu'il ne parte éclairer d'autres contrées.
Comme la marée était basse, on a posé nos affaires assez près pour ne pas se les faire piquer, mais assez loin pour qu'elles ne finissent pas dans l'eau... enfin, c'était sans compter sur cette petite fouine de vague qui avançait à une vitesse tellement réduite que, quand Mélody m'a suggéré de déplacer nos affaires, j'ai répondu, très sûre de moi : "Naaan, ça craint rien. Elle ira pas jusque là." Ah ben, en l'occurrence, si ! Le temps que ça monte au cerveau et que je commence à courir, elles étaient déjà en terrain inondé. Sachant que les grains de sable minuscules de Seminyak s'agglutinent comme des parasites et se faufilent dans des endroits improbables, j'étais raaaviiie !
De retour de sa baignade, Mélody a dessiné un cercle autour de Charline et moi que l'on a qualifié, en plaisantant, de prison. On était loin de se douter qu'il s'agissait, en fait, d'un attrape-weirdos ! Un mec avec un accent russe nous a abordées en français pour nous poser une question incompréhensible. Il a fallu le faire répéter trois fois avant que mon cerveau percute (décidément, j'ai du mal aujourd'hui !) et que mes yeux se portent sur sa tenue slip kangourou / collier ras de coup. Ce monsieur souhaitait savoir si, comme lui, nous étions intéressées par les rapports de soumission / domination. Sa question était tellement improbable que Charline est partie en fou rire ultra-communicatif. Bref... aucune de nous n'a réussi à se ressaisir assez pour lui répondre et l'amateur de soumission en slip kangourou a rebroussé chemin en direction de sa serviette, à quelques mètres de nous, et est resté planté là, debout, immobile, les yeux rivés sur l'océan. Après le rire, la peur. Il fait flipper ce mec, vous trouvez pas ? Hum... et si on se barrait ? Genre, là, maintenant, tout de suite !

On est parties en toute hâte, nos affaires souillées sous le bras, direction La Plancha, le bar de plage réputé pour ses gros poufs et ses parasols très colorés. J'avais bien envie de reprendre une sangria blanche (gin, sauvignon blanc, liqueur de pêche, fruits frais et limonade) sur fond de musiques festives. En prime, on a assisté à l'envol de lanternes volantes. Dans la nuit noire, c'était super beau !
Fruit du hasard ou conséquence d'une filature acharnée, on a réalisé avec effroi que notre ami sado-maso était assis juste à côté de nous, à la place des trois australiens plutôt sympathiques qui nous avaient invitées à sortir quelques minutes plus tôt... Oh pu-t*** ! Oh pu-t*** ! OH PU-T***** !!! Ni une, ni deux, on a décampé illico presto. Sur le trajet jusqu'à l'hôtel, à un pas effréné, j'essayais de me remémorer toutes les prises de self-defense que je connaissais. On ne sait jamais ! Notre seul arrêt : la petite supérette juste à côté de l'hôtel pour acheter notre dîner : un Magnum vanille enrobage chocolat-amandes. Très diététique...

Une fois dans notre chambre, hors de question de ressortir. 
Elle était vraiment bizarre, cette journée !