Comme toutes les bonnes choses ont une fin, ce matin, j'ai joué à Tétris pour la dernière fois. Tout devait rentrer dans mon backpack. C'était loin d'être gagné, mais - je suis plutôt fière de moi sur ce coup-là - j'y suis arrivée haut la main.

Parce que j'ai des copines en or et parce qu'on ne pouvait pas quitter Bali sans se faire masser une dernière fois, Mélody et Charline m'ont emmenée dans un super beau spa. Les petits spas en bord de routes touristiques peuvent aller se rhabiller, ici, rien qu'en voyant la décoration, j'étais d'accord pour leur prêter mon corps tout entier.
Et ça tombait bien car ils pouvaient nous prendre toutes les trois en même temps. Enfin, à condition que l'une d'entre nous accepte de se faire masser par... un homme. Vus les regards moyens confiants des filles, j'ai accepté. Après tout, un mec, dans ce métier, il y a fort à parier pour qu'il soit un peu plus qu'efféminé (rooooh le cliché !). Du moins, c'est ce que j'ai essayé de me convaincre. Et puis, j'avoue que ça m'intriguait de voir la différence avec les mains d'une femme. En repensant à la pitchoune aux mains d'acier qui m'avait massée à Ubud, j'appréhendais un peu la force de monsieur mais, la fermeté alliée à la douceur, c'était le pied / un super cadeau d'anniversaire !
Le massage en lui-même n'avait rien à voir avec celui du Putri spa. Outre les déplacements des mains très différents, mon masseur a particulièrement insisté sur le haut de mes fesses. Et moi, à ce moment-là, les seules réflexions qui envahissaient mon esprit c'était : 1-heureusement que je suis épilée, 2-heureusement que j'ai des intestins d'acier !

Le temps de profiter une dernière fois de la piscine, j'ai attrapé mon backpack, fait un gros bisou à mes copines de roadtrip et pris place à bord de la voiture du propriétaire de l'hôtel. Pendant le trajet, on a parlé de tout, y compris des balians, les guérisseurs balinais. Autant dire que c'était L'occasion rêvée pour aborder le sujet quelqu'un-est-il-mort-étranglé-sur-ces-terres-par-le-passé-?, mais je l'ai laissée filer. Rien que d'imaginer son expression décomposée, je me suis dégonflée. Le pourquoi du comment de mon expérience terrorisante restera donc un mystère.

Une fois à l'aéroport, j'ai pris la direction les toilettes pour troquer mon short et mon T-shirt contre mon jeans et mon sweat à capuche (sans oublier l'accessoire ultra sexy qui m'accompagne aux quatre coins du monde depuis 10 ans : mes bas de contentions !). Comme dans les films. Sauf qu'eux c'est pour se la jouer incognito. Mon but à moi, c'était de survivre 1-aux températures frigorifiques des avions, 2-au choc thermique qui m'attendait à Genève. C'est tout de suite beaucoup moins glamour, avouons-le !
Finalement, à l'aller comme au retour, peu importe la compagnie, l'emplacement ou l'heure, mon activité de prédilection aura été dormir. Enfin, dormir ET manger ! Garuda et Turkish Airlines savent parler à mon estomac. C'était bien bon, bon, bon tout ça.
C'est à l'aéroport de Jakarta
que les choses se sont légèrement compliquées. Me diriger directement vers ma correspondance ? Récupérer ma valise pour repasser les détecteurs de métaux ? J'ai rien compris !!! Bref, ma valise en main, je me suis rendue compte - trop tard - que la porte que je venais de franchir était la sortie et qu'il fallait donc - que ce soit la procédure normale ou pas - re-rentrer... Oups !? Je suis quand même allée vérifier auprès de la dame du guichet, qui a cru que je voulais acheter un billet. Heu... NON, tous ces zéros en roupie indonésienne, ça va pas être possible ! Moi je veux juste repasser les détecteurs de métaux sans être accusée de toutes les choses horribles contre lesquelles on m'a mise en garde quand je disais que je partais à Bali, à commencer par le trafic de drogue.
Ataturk, lui, c'est l'aéroport qui ne dort jamais. Même à 4h30, tous les magasins étaient ouverts. Et, à 7h, on se croirait à Times Square en pleine journée d'été. En fait, pas besoin de dépenser une fortune pour faire le tour du monde. Il suffit de prendre un café à l'aéroport d'Istanbul et c'est le monde entier qui vient à nous. Là-bas, c'est le festival des nationalités.
L'arrivée à Genève a été plutôt "tonifiante". À peine sortie de l'avion, j'ai senti l'air froid s'infiltrer dans mes narines et glacer mon sang. Aaaah... elles sont loin les gouttes de transpiration qui ruisselaient le long de mon dos il y a encore quelques heures ! Hum... et si, avant  que mon corps ne gèle intégralement sur place, j'accélérais le pas histoire de retrouver ma maman, ses bras ET mon gros manteau d'hiver ?

Sur la route, la pluie aussi était de la partie. Derrière les gouttes d'eau, les montagnes. Mes montagnes. Les yeux rivés sur ce paysage si familier, j'ai repensé à l'aventure magique que je venais de vivre, à ce que j'allais retrouver aussi. Un sèche-cheveux (une coiffure !), un placard, un bon matelas, un miroir sur pied, des ampoules lumineuses... tous ces objets qui semblaient indispensables. Et pourtant. Aujourd'hui, ils ne le sont plus vraiment.

Je suis partie pendant un mois et demi. 
Un mois et demi dans un pays que je connaissais pas, au rythme d'une culture que je ne maîtrisais pas.
Un mois et demi qui vient de marquer un tournant décisif dans ma vie.

On part souvent pour changer le monde, pour le rendre meilleur, mais au bout du compte, c'est le monde qui nous change.