Une énergie particulière circule à Bali. Sa spécialité ? Se manifester dans des lieux et à des moments totalement inattendus. Il y a mes mains qui se marbrent au milieu de nulle part et puis il y a ces rencontres, ces discussions répondant à nos questionnements les plus profonds. Que l'on s'appelle Elizabeth, Tiphanie ou Mélody, on a toutes une bonne raison de poser nos valises à Bali. Un divorce, une quête personnelle, un projet qui nous tient à cœur.

Après une matinée tranquille, entre la piscine et les gros coussins des cabanes-huttes de notre hôtel-oasis, on est parties manger un bout les pieds dans le sable, les fesses posées sur un canapé en bambou face à la mer. C'est là qu'on a rencontré un franco-hollando-suisse avec un accent québécois (dur dur de s'y retrouver !), venu à Gili pour passer son Dive Master, et son perroquet d'un vert tellement flash que ça ne m'étonnerait pas qu'il brille le soir dans le noir. Ben quoi ? Si les perroquets peuvent parler, je vois pas pourquoi ils ne pourraient pas se la jouer luciole...

Nos estomacs repus, on s'est lancées dans une négociation "location de masques-tubas". 30,000 IDR (1,80€) les deux paires pour l'après-midi, sans trop batailler, ça nous paraissait plutôt pas mal. Une fois le deal scellé, on a réalisé que le propriétaire-loueur, en fait, c'était l'homme assis à côté de notre interlocuteur. Vue l'expression sur son visage à l'annonce du prix négocié, au final, à 30,000 IDR les deux paires, son pote nous les a carrément bradées !

J'avais à peine posé mon sarong-serviette de plage-paréo sur le sable qu'en relevant la tête, mes yeux ont croisé ceux d'Alain. Alain, le retraité de l'enseignement avec qui on a fait de la plongée sous-marine à Amed. Alain et son vélo. Sur la même plage que nous. Au nord de Gili T. C'est fou ! Le temps de discuter un peu, on a laissé Alain bronzer/surveiller nos affaires pour partir à la recherche de tortues. Moi aussi, mon tête-à-tête, je le voulais. Pour vivre un moment aussi privilégié, il a fallu braver, pieds nus, les coraux tranchants dans une eau peu profonde, à contre-courant. Trois-quart d'heures et une coupure à mon actif plus tard, toujours pas de carapaces en vue ! Leonardo, Donatello, Michelangelo et Raphael avaient apparemment d'autres chats poissons à fouetter. Franklin aussi. Déçue et fatiguée, j'ai regagné la plage. Si nos affaires étaient toujours là, Alain, lui, avait disparu.

Pour notre dernière soirée sur Gili T., on a pédalé vers l'ouest de l'île, à la recherche d'un bar sympa. Le coucher de soleil, on ne voulait pas le rater. Des bars, il y en avait deux sous nos yeux. Droite ou gauche ? Un choix des plus simple et pourtant... À la croisée des chemins. Face à notre destin. Car oui, que l'on s'appelle Elizabeth, Tiphanie ou Mélody, on a toutes une bonne raison de poser nos valises à Bali. Un divorce, une quête personnelle, un projet qui nous tient à cœur.
"J'aimerais beaucoup parrainer un enfant pour qu'il puisse aller à l'école. Mais pas avec une grande organisation. Je voudrais savoir où va mon argent. Je voudrais entrer en contact avec une petite association." C'était il y a quelques mois, à Paris.
Aujourd'hui, on était là, face à un choix. Droite ou gauche ? On s'est dirigées à droite, attirées par les fauteuils blancs et les coussins turquoises. Que ce serait-il passé si on était parties à gauche ? À long terme, je ne sais pas. Ce soir, en tout cas, on serait passées à côté d'... Alain ! Ce retraité que l'on connaissait finalement peu, cette personne magnifique que l'on a découverte dans un décor majestueux. Parrainer des enfants, c'est ce que son ONG Amitié Embrun Tiers Monde fait, depuis de nombreuses années, à Bilbalogo, au Burkina Faso. Le soleil a eu le temps de se coucher, la nuit de tomber, la marée de monter. On est restées là, pendant des heures, à l'écouter. Évoquer leur programme, leurs projets, leurs progrès. Et si, l'enfant parrainé, on pouvait le rencontrer, lui parler ? Le vent n'était pas le seul responsable des frissons sur ma peau et des larmes dans mes yeux. Voir Mélody parler à Alain, face à son destin. C'est ça aussi, Bali.
Mais, ce n'est pas uniquement pour Mélody qu'Alain a croisé notre chemin. Mon expérience de bénévolat à Bali a marqué un tournant dans ma vie. La première pierre d'un édifice à construire. Aujourd'hui, je veux m'investir plus. Plus loin, plus longtemps, plus intensément. Pour les enfants, bien sûr, mais aussi pour les femmes. Et si, moi aussi, je m'envolais pour Bilbalogo ?
Une chose est sure : cette fin de journée nous a complètement chamboulées !

Les pieds sur terre les pédales de nos vélos, la tête à Bilbalogo, on a fait un petit détour au Night Market pour acheter des gâteaux avant de rejoindre Tim et Alice, un couple de Français en mini tour du monde Asie-Australie, et Rodrigo, portugais (tous logés au Trawangan Oasis) au Sama Sama.
LA mission du soir : enfin consommer les Bintangs qui voyagent avec nous depuis quelques jours, le tout sans se faire repérer par les serveurs. Après mûre réflexion, on a retenu la technique d'ouverture la plus discrète à nos yeux : dans les toilettes ! Le retour de Charline, les bières ouvertes debout dans son sac à main, c'était tout un art et... plutôt comique à voir !