Ça fait plusieurs semaines que je passe devant l'abri poubelles en me demandant comment ils font pour vider tous ces sacs. Aujourd'hui j'ai eu ma réponse : à la main ! Ici, pas d'éboueur debout à l'arrière du camion qui saute dès que le conducteur stationne en double file, pas de grande poubelle rassemblant tous les petits sacs basculant grâce à un mécanisme au top de la pointe de la technologie de la gestion des ordures ménagères. Pas de recyclage non plus d'ailleurs. Ici, le conducteur-éboueur, c'est une seule et même personne. Du coup, le camion est garé le long de l'abris. Comme il n'y a pas de grands conteneurs, encore moins de système de bascule high-tech, il enlève les sacs un par un. Et pas la peine de compter sur les poules et les chiens errants pour lui donner un coup de main. Eux, ils préfèrent se contenter de remplir leur estomac avant que le conducteur-éboueur n'embarque tout.

Cette semaine, dans mon marathon de yoga, j'ai décidé de tester de nouveaux cours avec de nouveaux profs. Quand je suis arrivée dans la salle, Manis, balinaise, était en train de parler. "Quand je reçois un message, je le transmets..." Toutes ces choses auxquelles beaucoup d'occidentaux ne croient pas car la science ne l'explique pas (encore). Les Balinais, eux, croient très fort aux pouvoirs des rêves et des guérisseurs. Les balians, comme ils les appellent ici. Quand je reçois un message, je le transmets. Et si Manis était la personne que mon chemin devait croiser en venant à Bali ?
Son cours a été très différent (déjà parce que c'était un vrai challenge de se relaxer malgré le bruit de la scie sauteuse à quelques mètres en contre-bas des baies vitrées !), mais très intéressant. Le prana yoga se concentre sur la circulation des énergies dans et autour du corps donc davantage sur la méditation. Il y a moins de poses que dans le vinyasa flow. Si, en l'occurrence, Manis n'avait pas de message pour moi aujourd'hui, elle a été très présente pour corriger chaque position et permettre à l'énergie de mieux circuler. Pendant le cours, elle s'est aussi mise à chanter. Sur le coup, je n'ai pas vraiment senti les déplacements d'énergie mais, quand je vois comme je me suis endormie pendant la méditation finale, je me dis que, finalement, c'était peut-être carrément une autoroute énergétique à l'intérieur de moi...

Le midi, aux grands maux, les grands remèdes : je me la suis jouée façon Top Chef ! Finis les repas quasi exclusivement composés de barres chocolatées, j'ai décidé de rentabiliser la seule poêle de la maison et le beurre laissé par l'une de mes coloc's dans le frigo. J'ai récupéré du riz blanc, des morceaux de carottes et de poulets dans différentes lucnhboxes non consommées, je les ai coupés en petits morceaux et plongés dans la poêle beurrée. Et c'était... trop bon ! C'est décidé : cette semaine, au menu, ce sera riz blanc-beurre.

À l'école, j'ai assisté à la pire crise (au pire caprice ?) de ma vie. Quand les parents s'éclipsent, au début ou pendant le cours, ça arrive fréquemment que les enfants se mettent à pleurer. Mais là, j'avais jamais vu ça ! Ervan est entré dans un état proche de l'hystérie. Il hurlait comme si sa mère était morte sous ses yeux, dans des conditions atroces. Heu... Ervan, si tu continues comme ça, il y a une forte probabilité pour que mon envie de participer (un jour) à la relance du taux de natalité en France se voit freinée.
Il n'y a pas que dans ma rue que les enfants m'ont adoptée. À l'école aussi. À leurs yeux, ça y est, je suis un membre à part entière de l'équipe pédagogique. La preuve : quand ils veulent me parler, désormais, ils m'appellent "Ibuguru. Ibuguru." (= maîtresse, à prononcer /ibougourou/ en roulant le R). Ooooh ! (hum... c'est normal toutes ces étoiles qui brillent dans mes yeux ?)
En matière de gestuelle musicale aussi il y a eu une évolution. Quand on chante "Five Little Ducks", ils commencent à bouger les mains comme nous. C'est trop chou de voir leurs toutes petites mains mimer les collines et le bec de canard qui fait "quack, quack". Je suis fan !
Les lettres au programme du jour étaient G et H. Histoire de ne pas répéter les mêmes activités, on a innové. On avait dessiné la lettre G sur une feuille de papier. Les élèves devaient la retracer avec un fil de laine. Pour le fixer, il fallait préalablement tremper son petit doigt dans la colle liquide et en mettre sur la feuille. Oui sauf que, une fois l'activité finie, attendre tranquillement les mains en l'air que la colle sèche pour pouvoir la faire partir en frottant ses mains l'une contre l'autre, ça n'est apparemment pas concevable quand on est si petit. Du coup, toi, soudainement, quand tu entends "Ibuguru. Ibuguru.", bizarrement, tu trouves plus ça choupinou... Pour le H, c'était un peu plus simple. Les loulous avaient 3 morceaux de papiers, 2 grands et 1 petit, qu'ils devaient assembler et fixer à l'aide d'un tube de colle avant de colorier. J'ai halluciné quand j'ai vu l'un d'entre eux approcher le tube ouvert de son visage. Heu... il va quand même pas le manger ? Ah non, non, non ! Monsieur s'est contenté de le renifler. Comme quoi, il semblerait que toute classe a son élève sniffeur de colle... même à Bali !
Comme on est dans le thème du canard, on a initié nos loulous à "Duck, duck, goose." (=Canard, canard, oie.) Un peu dans la lignée de la clé de Saint Georges, ici l'élève debout se déplace en disant "Duck." à chaque fois qu'il tape sur l'épaule (et non PAS sur la tête !) d'un camarade et "Goose." quand il est derrière sa proie. Là, les deux élèves se mettent à courir dans des directions opposées, font attention de ne pas se rentrer dedans quand ils se croisent (!) et le premier qui atteint la place vide et s'asseoit a gagné. Bon, au début, on avait beaucoup de petits visages perplexes mais, à force de jouer, ils ont commencé à percuter.

"Oh shiiit!" (Anna, ma coloc', en rentrant dans notre chambre)
C'est bien connu : jamais deux sans trois ! Après le monstre à 8 pattes sauteur enceinte de la salle de bain et le monstre à 8 pattes fugueur de la cuisine, nous avons eu droit au monstre à 8 pattes squatteur de valise ouverte, près à s'y faufiler à la moindre tentative d'expropriation ! À la demande effrayée d'Anna de trouver une solution, tout ce que j'ai trouvé à répondre c'est : "Je peux prendre une photo ?". Are you kidding me? (=Tu plaisantes ?) Eh... nan. J'ai bien pris ma photo. Bon, par contre, après, je me suis rattrapée. Et en matière de chasse à l'araignée, on finit par devenir expérimentées.
Étape 1 : ouvrir la porte de la salle de bain à proximité.
Étape 2 : trouver un moyen d'attirer l'araignée dans cette direction / loin du sac ouvert qu'elle assiège (étape beaucoup plus simple que prévu puisque Madame a pris l'initiative de nous faciliter la tâche en descendant toute seule du sac en question !).
Étape 3 : l'asperger de bombe anti-insecte à foison en espérant très, très fort que, malgré sa superficie corporelle largement supérieure à celle des fourmis, ça fonctionne.
Étape 4 : constater l'heure du décès.
On aurait pu sabrer le champagne pour fêter notre victoire mais, comme les dieux nous regardent et qu'on venaient de tuer un animal, on s'est contentées de fermer nos valises, des fois que ses copines s'y attaquent en représailles...